Capture
Cahier d’hommes raccourcis
“Il y a quelque chose de jouissif dans le fait de prendre des ciseaux, une sorte de critique implicite. On attaque quelque chose. C’est très vivifiant. J’aime découper, raccourcir, déformer, enlaidir, chercher d’autres possibilités à une image, à un corps, rendre inquiétant un visage connu. Il suffit de raccourcir un visage pour qu’on soit perdus. Il suffit d’en effacer les yeux. Il y a quelque chose de sacré dans le visage, n’est-ce pas ? On ne touche pas au visage.”
Sergio Aquindo
“Il y a la pluie, torrentielle, et des flaques d’eau bouillonnante un peu partout. Et dans l’eau, des bulles, et dans les bulles des yeux, deux yeux au moins, et au milieu des yeux un bec. La flaque pond un oiseau au long cou, au long bec noir, un Jabiru mou et boueux, incapable de faire plus de trois pas. Le voilà qu’il ouvre son grand bec, qu’il réclame de la nourriture, à moins qu’il n’essaie de crier, de chanter ; chant d’os et de gorge souffrante, un chant de craquètements et de gargarismes pénibles. La pluie n’aide pas – la pluie, entretemps, ne s’est jamais arrêtée.”
Extrait du texte : « Rêve de l’enfant, 1 »
La collection Capture, au cœur de la démarche de la maison d’édition, interroge et documente la création en train de se faire. Les 7 premiers ouvrages de la collection ont d’abord été accueillis par les éditions Hartpon.




